Deux dynasties d'imprimeurs toulousains qui soignent leurs images de marques

Parmi la trentaine de marques typographiques qui sont à découvir dans l’expo flash « Images de marques », présentée du 15 au 30 mai à la BU de l’Arsenal (Université Toulouse Capitole), Tolosana vous propose un focus sur celles de deux dynasties d’imprimeurs toulousains. Depuis la fin du 15e siècle, les imprimeurs-libraires ont fait figurer leur « logo » sur les pages de titre ou sur la dernière page des ouvrages qu’ils produisaient. Dénommée « marque typographique », cette petite gravure se composait en général de plusieurs éléments : une illustration, souvent allégorique, et éventuellement la devise de l’imprimeur, son enseigne1, son nom ou ses initiales.

La marque typographique au « Palladium Tolosanum » a été utilisée sous diverses formes, du début du 17e au début du 18e siècle, par Raymond, Arnaud et Guillaume-Louis Colomiez, trois représentants de l’une des principales dynasties d’imprimeurs toulousains active de 1525 aux années 1710. Son élément principal est une représentation de Pallas-Athéna, tenant une javeline de sa main gauche et faisant face à un bouclier sur lequel apparaît une tête de Méduse. Elle est appuyée sur un livre où figurent les armes de la ville de Toulouse (représentations de l’église Saint-Sernin et du Château narbonnais, d’un agneau nimbé portant la croix de Toulouse en bannière, le tout surmonté de fleurs de lys). Les mots « Palladium Tolosanum » sont inscrits sur une banderole ; ils pourraient se traduire par « La représentation toulousaine de Pallas », ou plus simplement « La Pallas toulousaine ». Comme les armes de la ville, c’est une allusion à la ville de Toulouse, cité palladienne (Palladia Tolosa) expression utilisée pour glorifier Toulouse, ville des arts et des lettres. Les Colomiez se placent ainsi sous la protection symbolique de la ville et affichent leur appartenance à un territoire.

Cette variante gravée sur bois est celle présentée dans l’exposition. Elle figure sur un ouvrage de l’érudit Jules César Scaliger, publié en 1621 par Raymond Colomiez2. D'autres exemples de cette marque peuvent se retrouver sur Tolosana. Notamment la première version, datée de 1612, gravée sur cuivre par le graveur parisien Léonard Gaultier à la demande de Raymond Colomiez... et la dernière, qui figure sur un ouvrage imprimé en 1726 par Jean Guillemette, héritier par alliance du dernier représentant de la dynastie des Colomiez : son dessin très rudimentaire, gravé sur bois, forme un contraste assez saisissant avec les versions précédentes !

 

 

 

 

C’est également Léonard Gaultier qui a gravé sur cuivre la « marque au berger », utilisée au moins à partir de 1614 par Dominique Bosc, premier représentant d’une autre dynastie d’imprimeurs, active à Toulouse de 1570 à la fin du 17e siècle.

Elle représente un berger adossé à un arbre, accompagné de deux moutons. La figure du mouton est peut-être une allusion à l’agneau pascal, symbole du Christ, présent sur le blason de Toulouse. La scène se situe dans un bois, bosc en occitan, sans doute en relation avec le nom de l’imprimeur. Elle n'est complétée par aucune inscription.

 

 

 

 

La marque présentée dans l’exposition figure dans un ouvrage du médecin Pierre Jean Fabre, Chirurgia spagyrica, publié en 1626 par Pierre Bosc, fils de Dominique3. C’est une version gravée sur bois, légèrement modifiée. La dernière version recensée de cette marque figure sur un ouvrage publié en 1668 par Raymond Bosc, petit-fils de Dominique. Gravée sur cuivre, elle est nettement remaniée. Le dernier représentant de la dynastie, Guillaume, actif à la fin du 17e siècle, ne semble pas avoir utilisé la marque au berger.

 

 

 

1 - Dénomination de l'enseigne qui figurait sur l'atelier ou la boutique de l'imprimeur-libraire ("Au Mercure ailé” ; "A la Bible d'or" etc.)

2 - Il s’agit d’une controverse littéraire avec Erasme sur le style cicéronien Adversus Desid. Erasmum Orationes duæ, eloquentiæ Romanæ vindices

3 - La médecine spagyrique est l’application des principes de l’alchimie à la médecine

 

Pour en savoir plus

Vertu, Aurélie. Les marques typographiques d’imprimeurs et de libraires (XVe-XIXe siècle). DESS Réseaux d’information et document électronique. Lyon : ENSSIB, 2004 [en ligne]

Mouranche, Marielle. "La marque typographique toulousaine au Palladium Tolosanum (1612-1726 ?)", 2019, en ligne sur le carnet de recherche Hypothèses Estampilles et pontuseaux

 

 

 

Posté le 15/05/2024 | Par Anonyme

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