A la recherche d'un prénom ancien et original? Tolosana est là pour vous !

Le mois de janvier est traditionnellement la période où les services d’état-civil publient les statistiques des prénoms les plus donnés l’année précédente : en 2021 Louise, Alice et Jade pour les filles, Louis, Gabriel et Léo pour les garçons arrivent en tête par exemple à Toulouse. Nous avons pensé aux parents qui cherchent à donner un prénom original à leur futur bébé. En voici donc une dizaine, glanés dans Tolosana, qui sauf surprise toujours possible, n’ont pas encore fait leur retour ou ont toujours été rares. Certes, ils ne sont pas aussi déroutants que les prénoms goths ou mérovingiens, tels que Receswinthe, Chrodegang, Plectrude ou Gerswinde. Ils n’offrent pas moins une garantie d’originalité, étant pour la plupart certifiés absents de la liste de l’INSEE des prénoms donnés en France depuis 19001.

Les prénoms féminins ne sont pas très nombreux, mais nous avons pu tout de même en dénicher quelques-uns dans les quelques 400 factums, mémoires juridiques rédigés par des avocats à la demande des parties lors d’un procès.

Dans les années 1640, Aymonde de Courtois est impliquée, ainsi que sa sœur Marguerite, dans un procès contre sa mère Sicar de Bigorre pour une sombre question d’héritage. Le premier de ces prénoms est une des formes féminines du prénom d'origine germanique Aymond ou Aymon, encore plus rare que la forme Aymone, connue grâce à Anne-Aymone Giscard d'Estaing. Quant au prénom Sicar (ou Sicard), d'origine germanique, il semble avoir été porté autrefois uniquement par des hommes2. Toujours au XVIIe siècle, deux factums mentionnent une Helix de Masars (en latin, Helisa), en conflit avec sa sœur Marguerite, également pour une histoire d’héritage. Ce mot d'origine grecque, ne désigne pas seulement un genre d'escargot. C'est aussi un prénom féminin qui se rencontre parfois dans les documents anciens sous cette forme ou sous d'autres comme Elix ou Hélis. Actuellement, il n'est plus donné qu'au Québec ou aux Etats-Unis, très rarement, et surtout pour des garçons. On trouve aussi vers 1776 une Pétronille, mais l'originalité de ce prénom n'est pas garantie puisqu'il a été donné près de 300 fois depuis 2000, dont 9 en 2020. 

                                                                  

Pour les prénoms masculins le choix est un peu plus important.

Les factums sont là encore une source précieuse. Un dénommé Afrodize Emeric est cité dans un arrêt du parlement de Toulouse de 1729. Sous la forme Aphrodise, ce prénom a été donné jusqu'à la fin du XIXe siècle - principalement dans le Bas-Languedoc - en référence à l'évêque de Béziers saint Aphrodise qui aurait vécu au Ier siècle. Parmi les raretés, on peut citer aussi le prénon Alpinhan, porté par le beau-frère de l'Aymonde de Courtois, citée plus haut. Il est orthographié Alpignan dans d'autres documents anciens, et fait sans doute référence à la ville d'Alpignano dans le Piémont italien.

Dans les registres d'étudiants de l'université de Toulouse, les prénoms rares ne sont pas légion. On peut aussi mentionner un Fulcran (Fulcrannus) Cayrol, prêtre né à Tarassac (Hérault), inscrit en 1689 à la faculté de théologie. Ce prénom, porté par un évêque de Lodève au Xe siècle, a connu une très relative faveur dans le Sud-Est de la France. Il a encore été donné de 1900 à 2020, sous la forme Fulcrand, mais seulement 42 fois, ce qui lui vaut l'honneur de figurer dans notre sélection. On trouve aussi dans le même registre un Malachie O'Leyne. Mais celui-ci, né dans le diocèse de Cork, fait partie des étudiants catholiques réfugiés en France ayant fuit l'Irlande suite aux persécutions religieuses. Ce prénom, porté par un saint irlandais du XIe siècle, est encore assez courant dans les pays anglo-saxons, sous diverses formes. 

Plus près de nous, mais non moins rares, quelques prénoms intéressants sont portés par des auteurs du XIXe siècle. Cléobule Paul, papetier, a participé à la rédaction de l'ouvrage Toulouse monumentale et pittoresque, publié en 1842. Ce prénom, venu de la Grèce antique, est donné ponctuellement au XIXe siècle. On peut citer également Frix Taillade, né en 1819 à Saint-Clar-de-Lomagne (Gers), dont on trouve sur Tolosana une partie des ouvrages de la bibliothèque, achetée par l'université de Toulouse en 1906. Son prénom, d'origine germanique, se rencontre principalement dans la Gascogne et fait référence au saint légendaire Fris, mort à Bassoues (Gers) au XIe siècle en tentant de repousser les Sarrasins2. Last but not least, Tibulle Desbareaux-Bernard, médecin, bibliophile et bibliographe toulousain né en1789, dont le prénom fait référence au poète latin du premier siècle avant Jésus-Christ.

Cet échantillon n'est bien entendu pas le fruit d'une recherche systématique. Toute autre trouvaille sera la bienvenue !

1 - Liste à télécharger sur le site de l'INSEE. Seuls les prénom donnés plus de 2 fois dans une année y figurent.

2 - Il n'est pas impossible que Sicar soit ici un nom de famille.

2 - Pour être rigoureusement honnête, la variante Fritz de ce prénom est présente dans la liste de l'INSEE jusqu'au XXe siècle, mais reste rare.

Posté le 05/01/2022 | Par Marielle Mouranche

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