Les Pronostications de Paracelse
Posté le 07/09/2026 | Par Sarah Ballouhey

Les Pronostications de Paracelse sont publiées pour la première fois en 1530 à Strasbourg. Moins célèbres que les Prophéties de Nostradamus, qu’elles précèdent pourtant, elles regorgent de symboles et d’allégories qui permettent de nombreuses interprétations des textes. D’abord publiées en allemand, elles sont rééditées à plusieurs reprises : en allemand et en latin en 1536, en latin seulement entre 1560 et 1580 puis une dernière fois en 1660. Elles tombent ensuite dans l’oubli. C’est Eliphas Levi (1810-1875), ecclésiastique français et figure de l'occultisme, qui s’y intéressera et remettra l’œuvre en avant.
Paracelse, de son vrai nom Philippus Theophrastus Aureolus Bombast von Hohenheim, naît le 10 novembre 1493 à Einsiedeln, en Suisse. Il décède le 24 septembre 1541 à Salzbourg, en Autriche. Selon l’un de ses élèves, il aurait écrit plus de 350 livres, des œuvres imprégnées de sciences et d’alchimie, mais également de magie naturelle.
À la fois médecin, alchimiste, théologien, pharmacien, astrologue, professeur et philosophe, il est à son époque une figure grandement controversée.
Sa pratique de la médecine est critiquée par ses confrères, qui ne croient pas en ses remèdes chimiques et contestent sa vision. Il parcourt l’Europe afin d’apprendre dans plusieurs universités, mais n'est jamais satisfait par les enseignements reçus. Il rejette alors la médecine traditionnelle et expose les quatre piliers de sa nouvelle médecine, la philosophie naturelle, l’alchimie, l’astrologie et la vertu, dans son ouvrage Das Buch Paragranum (1529-1530). Plus tard, Guy Patin (1601-1672) écrira : « Paracelse était le plus grand et le plus dangereux des fanfarons, maître dans l’art d’assassiner les gens par la chimie ».
Malgré tout, le savant connaît certains succès. Il est notamment parmi les premiers à établir un lien entre certaines maladies pulmonaires et le travail dans les mines et il parvient à mettre au point et à prescrire des remèdes simples et peu coûteux, qui sont alors vivement critiqués par les apothicaires.
Ses réflexions théologiques sont elles aussi perçues comme marginales. Il se démarque des théologiens de son temps et se revendique d’un catholicisme authentique. Pour Paracelse, la Nature aurait été écrite par Dieu, qui y aurait laissé des signes à interpréter. Il reviendrait aux hommes de trouver ces signes invisibles afin d’en faire émerger des images. Pour cela, l’homme doit recourir à la magie, une notion qui semble aller de soi dans la pensée paracelsienne. Cette imagination dite « magique » permettrait alors de concevoir une image, voire d’en rendre possible sa manifestation. Les prophéties du savant ne seraient donc pas seulement des prédictions, mais aussi des formes d’interprétation du passé et du présent, fondées sur les signes que Dieu aurait laissés à la surface du monde.

Les Pronostications de Paracelse regroupent 32 prophéties. Elles prennent la forme d’illustrations, ici gravées sur cuivre, sur lesquelles sont représentées des figures allégoriques prêtant à interprétations. Insolites, ces images sont parfois porteuses de symboles reconnaissables, dont le sens semble relativement simple à interpréter : fleur de lys, couronne ou encore sceptre. Elles sont également accompagnées de brefs commentaires.
La deuxième figure de l'ouvrage représente par exemple un arbre décharné portant trois fleurs de lys reliées entre elles, à la manière d'un arbre généalogique. On peut y voir un propos autour de la royauté, de l’héritage ou bien de la croissance. Le commentaire qui accompagne l’image de Paracelse évoque cette idée d’évolution à travers le cycle de la fleur, qui s’épanouit puis se fane, notamment parce qu'elle aurait négligé Dieu et n’aurait écouté que sa propre sagesse. Serait-ce donc une mise en garde contre l’orgueil des hommes, et plus particulièrement des rois ?

Dans la figure 8, la fleur de lys se retrouve sur une épée brandie par la main d’un homme. Le soleil illumine la scène. Le commentaire de Paracelse nous indique toutefois que cette bonne fortune ne durera pas, car la résistance des hommes serait vaine face aux désirs de Dieu. Il suggère ainsi l’impuissance des hommes. Cette prophétie apparaît comme un rappel : tout ce qui est construit peut être défait sans prévenir.
Ce thème de la défaite est également présent avec la figure 21. Celle-ci présente un aigle couronné, au-dessus d’une tête sans corps. Elle semble illustrer une défaite et la prise de pouvoir de l’aigle sur la tête de son ennemi. Paracelse commente l’image en mettant en garde contre l’inversion des positions de force ; celui qui était au pouvoir peut se retrouver à terre, pris à son propre piège.

Paracelse conclut son œuvre en affirmant que ces prophéties se réaliseront sur une période de 44 ans. Il explique aussi être resté volontairement bref et vague, car il serait trop long de s’y attarder et qu’il est nécessaire que les prophéties demeurent obscures.
L’exemplaire présenté appartient au fonds Montauban, ancien fonds de la bibliothèque de la faculté de théologie protestante de Montauban. Sa page de titre porte le cachet de la bibliothèque ainsi que celui de son précédent possesseur, Jacques-Antoine Rabaut-Pommier (1744-1820).
Il fait partie d’un recueil portant le titre d’ensemble « Opuscula misselanea variorum authorum¹ ». Ce volume fait partie du corpus Miscellanées de Tolosana. Il est conservé à la BU Arsenal de l’Université Toulouse Capitole.
¹ Oeuvres diverses d'auteurs variés
Pour en savoir plus :
Grau Torras, Sergi. « Paracelse, le combat d’un médecin visionnaire ». National geographic, 2018. [en ligne]
Rietsch Jean-Michel. « Paracelse et l’image ». Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 86e année n°2, Avril-Juin 2006. pp. 183-215. [en ligne]
The prophecies of Paracelsus : magic figures and prognostications made by Theophrastus Paracelsus about four hundred years ago. London : William Rider & Son, 1915. [en ligne]
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