Deux textes contre la traite des Noirs et l'esclavage publiés en 1789

A l'occasion du 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, Tolosana vous propose de découvrir un recueil de deux textes anti-esclavagistes de la fin du 18e siècle.

Le premier, La cause des esclaves nègres... portée au tribunal de la Justice, de la Religion, de la Politique..., est un long traité publié en 1789 par Benjamin Sigismond Frossard, pasteur d'origine suisse installé à Lyon. Ayant rencontré lors d'un voyage à Londres plusieurs membres des sociétés anti-esclavagistes soutenues par les églises protestantes, il contribue en 1788 à la fondation de la Société des Amis des Noirs par Jacques Pierre Brissot et Étienne Clavière, sur le modèle de Anti-slave Trade Society. Dans l'introduction de son ouvrage, il s'indigne que "l'infraction la plus criminelle des droits de l'homme et du citoyen" commise pour "satisfaire la cupidité de l'Europe", provoque si peu de réactions des "hommes sensibles et vertueux". Faisant appel à la raison et à la conscience plus qu'au sentiment, il n'hésite pas à décrire avec précision les ravages causés par la traite en Afrique et la condition des esclaves "traités avec la dernière barbarie". Mais pour lui, l'abolition doit se faire en deux étapes : dans un premier temps, le trafic des esclaves, que toutes les nations d'Europe ne peuvent que "proscrire promptement" ; ce n'est que dans un deuxième temps que l'esclavage, tout aussi condamnable, pourra être aboli, afin de ne pas nuire aux colonies ni aux colons. 

Ce traité s'ouvre sur une gravure symbolique représentant des esclaves enchaînés agenouillés devant une représentation allégorique de la monarchie française qui les accueille et leur proclame "Soyez libres et citoyens". L'image des esclaves enchaînés renvoie à l'emblème de la Société des Amis des Noirs, adapté de celui de la société abolitionniste de Londres.

Une courte brochure a été reliée à la suite de ce traité. Publiée anonymement  en 1789 sous le titre de Description d'un navire négrier, elle constitue une dénonciation factuelle et très efficace de la traite des esclaves. Le texte s'appuie sur un rapport présenté en 1788 par le capitaine Parrey chargé par le gouvernement anglais d'inspecter les bâteaux du port de Liverpool. Ce rapport a été utilisé par les abolitionnistes, notamment pour le dessin qui représente le nombre réglementaire d'esclaves (454) que l'on pouvait entasser dans ce genre de navire, qui a eu un impact considérable sur l'opinon publique. Cette brochure en constitue sans doute le texte d'accompagnement.

Les efforts des abolitionnistes portèrent en apparence leurs fruits puisque la Convention abolit l'esclavage en France en 1792 puis dans les colonies en 1794. Mais l'application concrète a été très inégale et l'esclage, rétabli en 1802 par Napoléon, n'a définitivement été aboli que 54 ans plus tard, le 27 avril 1848, sous la seconde République.

Ce recueil fait partie des collections de la bibliothèque de l'ancienne bibliothèque de la facutlé de théologie protestante de Montauban, dont B. S. Frossard a été le premier doyen en 1809, jusqu'à sa révocation en 1815.

 

 

Posté le 07/05/2018 | Par Anonyme

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