Ne partez pas aux champignons sans consulter le Traité des champignons comestibles de Noulet et Dassier (Toulouse, 1838)

La pleine saison des champignons débute : c'est l'occasion de consulter l'un des premiers guides des champignons comestibles destinés au grand public:  le Traité des champignons comestibles, suspects et vénéneux, qui croissent dans le bassin sous-pyrénéen, publié à Toulouse en 1838,

Il est rédigé par deux médecins toulousains, Jean-Baptiste Noulet (1802-1890), spécialiste de la géologie et de la botanique régionales , et Augustin Dassier (1805-1863) qui s’intéressait à l’hygiène publique et à la médecine. Ils ont l'ambition de s'adresser "véritablement à tous", non seulement aux professionnels concernés par les empoisonnements, comme les médecins ou les magistrats, mais surtout aux amateurs gourmands de champignons, dans une région "où le goût des champignons est poussé aussi loin qu'en Italie". L'aire géographique concernée est le "bassin sous-Pyrénéen", que Noulet a été le premier à définir quelques années auparavant, et qui correspond grosso-modo au Midi toulousain.

L'ouvrage débute par un « Tableau analytique des genres » qui renvoie aux pages de description des espèces et une introduction générale sur les champignons (avec une planche « Organographie » qui illustre les mots techniques utilisés). Les auteurs décrivent ensuite soigneusement  chaque espèce, "afin de distinguer sûrement une bonne d'une mauvaise", en donnant leur nom en français, suivi du nom scientifique et des variantes en français et en "patois". Ils émettent des avis sur leur caractère comestible ou non et le cas échéant sur leur dangerosité, la description des effets néfastes en cas d’empoisonnement et des conseils d’administration médicamenteuse en cas d’urgence. Ils ne se privent pas de donner à l'occasion quelques recettes comme la croûte aux mousserons, les morilles farcies ou les truffes au vin de Champagne. Rigoureux dans l'ensemble, ce traité comporte une erreur majeure :  l' Entolome livide, sous le nom d’Agaric phonosperme, est présenté comme « alimentaire » : il « s’accommode fort bien à la sauce blanche, ou frit à la poële… C’est un mets facile à digérer. » C'est en fait un champignon toxique.

L’originalité de cette publication réside dans les 42 illustrations en couleurs à taille réelle dessinées d'après nature et  lithographiées. On remarquera l’accentuation des coloris quand il s’agit d’attirer l’attention sur le danger potentiel de certaines espèces : la couleur verte de l’Agaric amer, dont les auteurs préviennent qu’il a donné la mort "à un chat vigoureux au bout de huit heures" ou la couleur incarnat que prend la chair de l’Agaric azonite lorsqu’on la déchire.

Avec ses couleurs éclatantes, ce Traité sur les champignons sorti des presses de Jean-Baptiste Paya apporte un aperçu de l’art de la lithographie à Toulouse en 1838. Les dessins et leur coloration sont dus à Vincens Modzelewski, un officier polonais immigré à Toulouse après 1830 pour échapper à la répression dans son pays, et les impressions lithographiques aux Frères Raynaud, installés à Toulouse, après l'obtention de son brevet par Jean-Adrien Raynaud. C’est à cette association de toulousains d’origine ou adoptés que l’on doit l'une des oeuvres phares de l’art de la lithographie à Toulouse à l’époque romantique.

Ce livre fait partie du corpus "Sciences et techniques en pays toulousain".

 

 

Isabelle Privat et Marielle Mouranche

 

Posté le 01/09/2017 | Par Anonyme

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